Jésus-Christ est Dieu

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Jésus-Christ est Dieu

Les Prophéties.

Jésus-Christ a été annoncé plusieurs siècles à l'avance. Les principaux événements de sa vie publique, sa mort, sa résurrection ont été prédits dans des prophéties qui ont été conservées avec un soin jaloux parles Juifs dans leurs livres saints. L'accord de ces prophéties avec les faits frappa vivement les contemporains de Jésus et constitua pour eux une des preuves les plus saisissantes de sa divinité.

Sans faire ici une étude complète des prophéties messianiques, ce qui nous sortirait trop de notre cadre, nous nous contenterons de citer celles qui proclament le plus nettement la divinité de Jésus.

I. Réfutation des objections rationalistes relatives aux prophéties.

La critique athée fait, au sujet des prophéties, les deux objections suivantes :

1. Elle prétend que les livres qui les contiennent ne sont pas authentiques.
2. Elle retourne pour ainsi dire la prophétie, et prétend que le fait prédit a eu lieu parce que la prophétie a été faite, et non que la prophétie a été faite parce que le fait devait avoir lieu.

Nous examinerons en détail ces deux hypothèses. Au fond, la critique athée repousse les prophéties, comme elle repousse les miracles, uniquement parce que les prophéties prouvent, comme les miracles, ce qu'elle ne veut pas admettre, l'existence de Dieu et la divinité du Christ.

C'est qu'en effet la prophétie n'est autre chose qu'un miracle permanent, qui a, sur le miracle ordinaire, l'avantage d'être indépendant de ceux qui le rapportent et de pouvoir être contrôlé immédiatement par l'histoire. Tandis que le miracle ordinaire ne s'adresse qu'à un groupe plus ou moins considérable de témoins, et que nous ne le connaissons que par leur intermédiaire, les prophéties s'adressent à tous ceux qui doivent les lire dans la suite indéfinie des temps. Ici le miracle porte toujours et partout en lui-même le cachet de la vérité, la marque de son authenticité, puisqu'il résulte simplement de la comparaison de deux dates, généralement faciles à connaître, la date de l'annonce de l'événement et la date de l'événement annoncé.

En un mot, il suffit, pour que le miracle soit avéré, que la prophétie ait été divulguée et fixée avant l'événement qu'elle prédit. Comme l'expérience non moins que le bon sens nous prouvent qu'il n'est au pouvoir d'aucun homme de prédire l'avenir, il faut alors reconnaître dans la prophétie un fait extraordinaire provenant d'un être supérieur à l'homme, d'un être pour qui le présent et l'avenir ne font qu'un, parce qu'il est immuable et éternel, de Dieu.

Or, les conditions demandées sont toutes remplies dans les prophéties messianiques de l'Ancien Testament, et la science athée ne peut, en bonne critique, élever la moindre objection à cet égard.

Les dates principales de la vie de Jésus sont connues avec une précision plus que suffisante pour l'étude qui nous intéresse : Jésus, né entre l'an 747 et l'an 749 de Rome, a exercé son ministère public vers l'an 779, et est mort en l'an 783 (33 de l'ère chrétienne); il s'agit donc uniquement de savoir si les prophéties sont, oui ou non, antérieures à cette date.

Sans nous livrer à une discussion qui ne serait pas ici à sa place sur l'authenticité des livres de Moïse et des prophètes, disons que, de l'aveu même de nos adversaires, tous ces livres étaient fixés au plus tard au retour de la captivité, c'est-à-dire environ cinq cents ans avant la naissance du Christ. Les prophéties de Daniel, qui mentionnent d'une façon si précise la date même de la naissance du Christ, sa mort et la destruction de Jérusalem, ont été composés, d'après Renan, au temps d'Antiochus Epiphane. En réalité elles remontent à trois cents ans plus loin; mais peu nous importe pour le but que nous poursuivons ici; pour être retardé de deux ou trois siècles, le miracle n'en serait pas moins éclatant, puisque ces prophéties seraient encore antérieures de deux siècles aux événements prédits.

D'une manière générale, toutes les prophéties de l'Ancien Testament étaient fixées au plus tard vers l'an 250 avant Jésus-Christ, puisqu'elles font toutes partie de la version grecque des Septante, qui fut écrite par des Juifs d'Égypte de l'an 300 à l'an 250 environ, sous le gouvernement des Ptolémée. Or, on sait que ce texte n'a pas cessé depuis lors d'être en usage chez les Juifs hellénistes, puis dans toutes les églises grecques de l'Orient. Nous sommes donc assurés de posséder avec ce texte le sens exact des prophéties telles que les connaissaient et telles que les entendaient les Juifs longtemps avant la naissance du Christ.

Ainsi il ne sert à rien à nos adversaires de nier l'authenticité des écrits de l'Ancien Testament, puisque, de leur aveu même, les prophéties qu'on y trouve sont de toute manière antérieures aux faits prédits.

Ils se rabattent alors sur une seconde hypothèse quelque peu bizarre. La prophétie, disent-ils, n'a pas été faite parce que l'événement devait avoir lieu, mais l'événement a eu lieu parce que la prophétie a été faite: autrement dit, on a arrangé les événements de manière à donner raison aux prophéties.

Examinons plus attentivement cette hypothèse, qui revient souvent dans les écrits de Renan et des écrivains de son école.

Les prophéties messianiques, les seules qui nous intéressent ici, se composent d'un grand nombre de textes, très courts pour la plupart, et disséminés à travers tout l'Ancien Testament.

Imaginons un jeu de patience composé d'une centaine de pièces séparées, destinées à former une figure que nous ne connaissons pas, et confondues avec une quantité d'autres se rapportant à des figures différentes. Il nous sera absolument impossible de les assembler, si nous n'avons pas le modèle sous les yeux. Une fois que nous aurons ce modèle, rien ne nous sera plus facile.

Ici la figure à composer est celle du Messie ; les différentes pièces du jeu de patience sont les. textes messianiques de l'Ancien Testament. Pour nous, qui avons sous les yeux la figure du Christ, il nous est facile d'assembler toutes ces prophéties et de refaire d'après elles le tableau de la vie de Jésus. Il n'en était pas de me me quand cette vie n'était pas fixée dans l'histoire. Un imposteur qui aurait voulu s'essayer à ce jeu s'y serait brûlé. Il aurait dû avoir constamment présent à l'esprit le de toutes les saintes Écritures, et n'aurait pu faire un pas sans risquer une faute il lui aurait été impossible de soutenir jusqu'au bout un pareil rôle, surtout en face de l'animosité et de la dénonce qui suivait partout Jésus.

Du reste un imposteur qui n'aurait agi qu'en vue de l'accomplissement des prophéties n'aurait pas manqué de se laisser prendre au piège qu'elles lui tendaient. En prédisant la royauté spirituelle et éternelle du Messie, elles se servaient de termes tels que les Juifs, enclins de tout temps aux choses matérielles, les expliquaient par une royauté purement spirituelle, par là suprématie de leur orgueilleuse nation sur tous les peuples de la terre. Les disciples et les amis les plus intimes de Jésus s'y laissaient prendre eux-mêmes et se disputaient à l'avance les meilleures places de son royaume.

Un imposteur n'aurait pas manqué de profiter de ces dispositions et de l'enthousiasme qu'il excitait pour se faire proclamer roi, ou au moins pour se mettre à la tête d'un parti politique.

C'est ce que firent précisément tous les faux messies qui suivirent Jésus et qui amenèrent ainsi la ruine finale de leur patrie.

II. La divinité de Jésus dans les prophéties.

Nous en avons dit assez pour montrer que les explications rationalistes des prophéties sont inadmissibles et doivent être repoussées au nom de la logique et de l'histoire.

Il nous reste à montrer que Jésus-Christ dans ces prophéties est réellement annoncé comme Dieu.

David est le premier qui ait eu la vision nette de cette divinité.

Jéhovah a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marche-pied... je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.
Votre trône, ô mon Dieu, est un trône éternel, le sceptre de votre royauté est un sceptre d'équité... C'est pour cela, ô Dieu, que votre Dieu a répandu sur vous l'onction de sa joie, et vous a élevé au-dessus de tous ceux qui doivent participer à votre gloire.
Jéhovah m'a dit : Tu es mon Fils, aujourd'hui je t'ai engendré. Demande et je te donnerai les nations en héritage, et les terres les plus reculées t'appartiendront...

Isaïe, le grand voyant, le chantre précurseur du Messie, de ses souffrances et de sa gloire, est encore plus explicite.

Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voilà que la Vierge concevra et enfantera un Fils, qui sera appelé Dieu avec nous (Is., VIII, 14).
Un enfant nous est né, un Fils nous a été donné. Sa principauté est sur son épaule, et son nom sera l'Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père du siècle à venir, Prince de la paix. Son empire s'accroîtra et la paix n'aura pas de fin. Il s'assoira sur le trône de David et sur son royaume, pour l'affermir et le fortifier à jamais (Is., IX, 2-8).
Dieu lui-même viendra et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s'ouvriront et les oreilles des sourds entendront. Alors le boiteux bondira comme le cerf et la langue des muets sera déliée (Is., XXXV, 4-6).

Les autres prophètes ne sont pas moins précis.

Et toi, Bethléem Ephrata, tu es très petite entre les villes de Juda, de toi sortira celui qui doit être le dominateur en Israël, dont la génération est du commencement, des jours de l'Eternité (Michée. V. 2).
Voici que des jours viendront, dit le Seigneur, et je susciterai dans la race de David, un germe juste, un roi qui régnera, il sera sage... Juda sera sauvé... et voici le nom dont on l'appellera : Jéhovah notre juste (Jérémie, XXIII, 1-8).

Or, quand on réfléchit que Jéhovah était le nom sacré par lequel on désignait la divinité dans son essence, nom incommunicable, nom trois fois saint que les Juifs ne devaient pas et ne doivent pas encore prononcer, qu'ils respectaient au point qu'on n'en connaît pas la prononciation exacte, on comprend qu'il était impossible de dire plus clairement que le Messie désigné par toutes les prophéties était Dieu.

III. Traditions messianiques chez les païens.

Ce qui précède suffit pour montrer que Jésus-Christ a été réellement annoncé comme Dieu. On pourrait rapprocher des prophéties qui précèdent les traditions éparses dans toutes les religions de l'antiquité ; mais cela nous entraînerait trop loin.

Nous nous contenterons de citer ici le mythe de Prométhée, où se retrouvent d'une manière si frappante le souvenir de la déchéance de l'homme et la promesse d'un libérateur divin issu de sa race. Nous citerons aussi l'inscription découverte en 1833, près de Châlons-sur-Marne, sur l'emplacement d'un temple païen : "Virgini pariturœ druides" (les druides à la Vierge qui doit enfanter). Enfin, on peut rappeler les traditions conservées dans les livres sacrés des Chinois et des Hindous sur la venue d'un sage qui doit paraître à l'Occident, "pour enseigner la vérité souveraine et détruire les crimes, en souffrant lui-même beaucoup de maux." Si l'on rapproche ces textes de ceux qui nous ont été conservés par Tacite et Suétone, sur la venue du Maître suprême qui devait sortir de l'Orient, on comprendra la justesse de ce mot : "La Judée a été dans l'antiquité le Pôle de l'espérance de toutes les nations."

Jésus-Christ est Dieu par Pierre Courbet (1898).